Les femmes rurales jouent un rôle fondamental dans la sauvegarde de nos écosystèmes. En Afrique subsaharienne, elles sont généralement responsables du maraîchage et de l’élevage de petits ruminants, en plus de leurs tâches ménagères, telles que s’occuper des enfants et des personnes âgées, collecter de l’eau pour tous les membres de la famille et entretenir le foyer.
Souvent responsables de la sécurité alimentaire de leur famille, les femmes d’Afrique subsaharienne sont confrontées à des défis systémiques qui limitent considérablement leur autonomisation économique et leur épanouissement.
Difficultés d’accès à la terre et au crédit, analphabétisme, normes sociales qui les empêchent de se déplacer librement ou de commercer, et manque de connaissances des meilleures techniques pour mener efficacement leurs activités ; nombreux sont les défis qui empêchent les femmes rurales de jouer pleinement leur rôle !
Les femmes de la région du Liptako, au Burkina Faso, sont confrontées aux mêmes réalités. Elles sont chargées de subvenir aux besoins de leur foyer et consacrent entre 10 et 12 heures par jour aux tâches ménagères
Souvent considéré comme allant de soi, le travail des femmes, qu’il s’agisse de l’agriculture de subsistance, de l’élevage, de la restauration, de l’artisanat et de la vente de produits sur les marchés, de l’éducation ou du travail domestique, est attendu par la communauté, sans que les femmes puissent bénéficier des fruits de ce travail.
En effet, les revenus ou les récoltes de leurs activités sont généralement consacrés à la famille, voire parfois directement remis à leur mari, sans possibilité de réinvestir l’argent dans du matériel, du fonds de roulement ou de la formation.
Limitées par un accès difficile aux facteurs de production et aux connaissances techniques, quelle que soit l’activité qu’elles exercent, les femmes ont du mal à créer des entreprises rentables et à améliorer leurs rendements, malgré leur connaissance de la terre et leur volonté d’être des actrices économiques dans leurs communautés.
De plus, le changement climatique affecte de manière disproportionnée les femmes rurales : 70 % des femmes du Liptako sont responsables de l’approvisionnement en eau pour leurs familles[2]. Tout en répondant aux besoins alimentaires et en eau du ménage, elles le font également pour leurs animaux et leurs cultures, ce qui n’est pas une tâche facile dans un contexte où les sources d’eau se raréfient en raison de l’intensification des sécheresses.
En effet, dans le contexte du Liptako en particulier, les chiffres parlent d’eux-mêmes : les températures d’avril à juin ont augmenté de 1,4 °C depuis 1950. Les précipitations sont devenues plus irrégulières et intenses : la fréquence des pluies et des tempêtes dans la région a triplé depuis les années 1980, entraînant des inondations et une dégradation des terres. Les études sont sans équivoque : le changement climatique affecte directement l’agriculture et la sécurité alimentaire, au point où les chercheurs prévoient une baisse de 10 à 15 % des rendements agricoles d’ici 2050. [3]
Il existe cependant des solutions et des approches transformatrices pour faire face à la fois à la crise climatique et à l’autonomisation économique des femmes.
Dans la région du Liptako, l’élevage et le maraîchage sont des activités dans lesquelles les femmes excellent, les éleveuses étant estimées à 41,2 % de la population[4]. Dans ce contexte, le projet d’Autonomisation Socio-Économique des Populations Vulnérables (ASEPV), mis en œuvre par Cowater International et financé par Affaires mondiales Canada et IAMGOLD, soutient directement les entreprises dirigées par des femmes et des jeunes pour leur permettre de mener leurs activités économiques de manière rentable et durable.
Ainsi, le projet sélectionne actuellement 25 entreprises dans les secteurs du maraîchage, de l’élevage, de la production laitière et de l’assainissement dans les trois municipalités de Dori, Falagountou et Gorom-Gorom.
Après avoir évalué leurs capacités organisationnelles et financières, le projet ESEPV soutiendra ces entreprises en élaborant des plans de soutien adaptés. Ce soutien comprendra la production d’un plan d’affaires, la collecte de fonds à l’aide d’instruments financiers adaptés à leur situation et un plan de renforcement des capacités qui met l’accent sur l’adoption de bonnes pratiques en matière de production, de transformation et de commercialisation. Ces pratiques seront ancrées dans une approche de résilience au changement climatique, en utilisant les meilleures méthodes pour une utilisation rationnelle de l’eau et en sélectionnant des espèces végétales et animales résistantes à la chaleur et aux aléas climatiques. La promotion du maraîchage et de l’agriculture circulaire permet également de lutter durablement contre la désertification et de restaurer la qualité des sols endommagés.
Toutefois, un soutien direct aux entreprises ne peut à lui seul surmonter les barrières sociales auxquelles les femmes rurales sont confrontées lorsqu’elles souhaitent créer une entreprise. Afin de faire évoluer les mentalités et les normes de genre au sein des communautés, le projet ESEPV a mis en place et formé des clubs de panélistes. Ces groupes sont composés de leaders communautaires (conseillers en développement villageois, imams, chefs de village, prêtres, représentants d’organisations de la société civile féminine, etc.). Dans le but de transformer les normes sociales discriminatoires, ces détenteurs de pouvoir et modèles sont chargés d’informer et de sensibiliser les communautés aux obstacles qui désavantagent les femmes et les filles.
Cette approche, basée sur une intervention menée par et pour les communautés, est essentielle pour apporter des améliorations durables aux conditions de vie des femmes rurales du Liptako. L’enthousiasme général suscité par le projet, tant chez les femmes que chez les hommes, montre clairement que l’action collective est la clé pour protéger nos territoires et construire un avenir décent, équitable et prospère pour tous.
[1] informations issues du projet ESEPV
[2] informations issues du projet ESEPV
[3] UK centre for Ecology & Hydrology, 2023
[4] informations issues du projet ESEPV


