Utiliser des données factuelles pour améliorer l’éducation des filles

mai 10, 2018

INTRODUCTION

Selon l’UNESCO, 130 millions de filles à travers le monde âgées de 6 à 17 ans ne vont pas à l’école. L’Afrique de l’Ouest et du Centre présente le taux d’exclusion scolaire le plus élevé, avec 20 % des jeunes âgés de 6 à 11 ans qui ne fréquentent pas l’école et un taux d’exclusion de 40 % au niveau post-primaire. Cela représente un défi majeur pour atteindre l’objectif de développement durable n° 4 des Nations Unies, qui vise à fournir à tous un accès égal à une éducation de qualité d’ici 2030, incluant un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire.

En Afrique subsaharienne, de nombreuses années d’investissements internationaux et nationaux dans les systèmes éducatifs ont abouti à un taux de scolarisation primaire de près de 75 %. Ce taux chute à seulement 32 % environ au niveau post-primaire. Dans les zones rurales, le taux d’achèvement de la scolarisation secondaire n’est que de 16 %[1]. Des défis substantiels demeurent dans plusieurs pays, particulièrement en ce qui concerne l’aide aux filles pour accéder aux écoles post-primaires et y rester. Beaucoup croient maintenant que l’accès universel à l’éducation signifie également aider les élèves à accéder aux écoles post-primaires et à y rester. Dans ce contexte, le Canada a annoncé en janvier 2018 qu’il doublerait sa contribution au Partenariat mondial pour l’éducation, afin d’améliorer l’accès des filles à l’éducation à travers le monde et de les aider à rester à l’école. Il s’agit d’un investissement significatif qui devrait être reconnu, mais beaucoup de travail et de créativité sont encore nécessaires pour s’assurer que les fonds feront une différence significative pour ceux qui ont le plus besoin de soutien.

 

L’IMPORTANCE D’ÉDUQUER LES FILLES

La Politique d’aide internationale féministe du Canada souligne l’importance de donner aux filles et aux garçons un accès égal à travers son domaine d’action principal, qui promeut l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes et des filles. Une collaboration étroite entre le Canada et les gouvernements centraux et locaux des pays en développement peut aider à améliorer leur capacité à développer des politiques et à mettre en œuvre des programmes qui tiennent compte de l’égalité des sexes. À travers son deuxième domaine d’action, la dignité humaine, la politique du Canada souligne également l’importance de développer des services accessibles aux populations vulnérables, incluant une éducation accessible et de qualité qui permettra aux femmes et aux filles de prospérer à long terme.

Les problèmes auxquels font face les jeunes filles pour accéder à l’école et y rester sont bien connus : infrastructures déficientes, incluant les toilettes, et enseignants qui ne sont pas correctement formés pour promouvoir la participation des filles en classe, en plus des changements significatifs que vivent les filles pendant l’adolescence, les mariages précoces, les grossesses non désirées et la charge de travail domestique qui incombe principalement aux filles.

L’une des principales forces de Cowater dans le soutien aux institutions publiques inclusives, incluant les services qui répondent aux besoins différenciés des femmes et des filles, est sa capacité à utiliser des données factuelles pour améliorer les politiques et programmes gouvernementaux afin qu’ils répondent aux besoins des populations, incluant les besoins des filles. Depuis 2005, avec le soutien du gouvernement canadien, Cowater a travaillé étroitement avec le ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation (MENA) du Burkina Faso pour renforcer la capacité de ses agents à évaluer les acquis d’apprentissage. Les données factuelles recueillies à partir d’études quantitatives menées par le MENA sur les acquis d’apprentissage dans l’éducation de base ont montré que l’apprentissage des élèves varie considérablement au sein d’une même classe, mais aussi que des écarts significatifs existent entre les performances des filles au primaire et au post-primaire. À la lumière de ces données, il était important de comprendre les causes de ces différences spécifiques au genre afin que le MENA puisse prendre des mesures appropriées pour améliorer les performances des filles.

En 2017, à travers un projet intitulé Société d’accompagnement au renforcement de capacités (SARC, 2013-2017), qui s’appuyait sur 10 années d’investissements canadiens dans l’évaluation des acquis d’apprentissage au Burkina Faso, Cowater a aidé le MENA à mener une étude qualitative sur les écarts entre l’apprentissage des filles et des garçons. L’étude a montré que les filles doivent supporter la charge du travail domestique, ce qui réduit leur temps d’étude, et que l’environnement familial tend à encourager les performances des garçons. Les filles subissent également beaucoup de pression à la puberté ; les enseignants sont mal équipés pour soutenir l’éducation des filles et les toilettes scolaires ne sont pas appropriées aux besoins spécifiques des filles à cet âge. Il a également été démontré que les filles performent moins bien que les garçons en mathématiques et en sciences. Les garçons ont plus de temps pour étudier et, contrairement aux filles, ils étudient en groupes, ce qui leur donne un avantage en mathématiques et en sciences. Le manque de modèles féminins est également un facteur important dans la motivation des filles dans ces domaines. Le ministère de l’Éducation du Burkina Faso possède maintenant une étude approfondie qui l’aidera à améliorer ses politiques et programmes afin qu’ils répondent aux besoins spécifiques des filles.

À travers le projet SARC, le Canada a également soutenu l’intégration de la Politique nationale de genre (PNG) dans une réforme majeure entreprise par le MENA ces dernières années : la réforme curriculaire. En soutenant le développement du Cadre d’orientation du curriculum (COC) – qui présente les directives officielles sur les nouveaux principes de l’éducation de base et sur le processus de création de nouveaux programmes et documents connexes, et qui aborde également les évaluations d’apprentissage – le pays s’est assuré d’avoir tous les outils nécessaires pour mettre en œuvre une approche éducative adaptée au développement socioéconomique du Burkina Faso, qui soutient l’inclusion et l’accès égal à l’éducation pour les filles et les garçons.

 

PERSPECTIVES

Il reste beaucoup à faire dans les pays en développement pour améliorer la qualité de l’éducation pour tous, garçons et filles, et pour s’assurer que les filles restent à l’école. Il est essentiel que les besoins spécifiques des filles soient pris en compte en termes d’éducation et d’infrastructure, principalement au niveau post-primaire. En fait, c’est entre 12 et 16 ans que les filles acquièrent les apprentissages les plus essentiels qui les aideront à accéder aux opportunités économiques. Rester à l’école leur permet également d’en apprendre davantage sur la santé sexuelle et reproductive, ce qui contribuera à promouvoir la santé maternelle et néonatale à long terme.

En renforçant les institutions publiques dans les pays en développement, incluant les ministères de l’éducation, le Canada peut aider à faire une différence. Grâce à l’utilisation de données factuelles recueillies au sein des ministères eux-mêmes, le Canada est dans une position privilégiée pour agir en tant que leader en aidant les filles à mieux accéder à l’école et à y rester à un moment de leur vie où l’apprentissage est critique.

[1] Préparé par la Section des données et de l’analytique ; Division des données, de la recherche et des politiques, UNICEF. Décembre 2017.

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